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ESPACE PUBLIC

Publié le 16 septembre 2009 ARTICLE

Docteur, qu'est-ce que…

La migraine

Auteur(s) : Jacques d'Anglejan-Chatillon

Neurologue libéral, Versailles

La migraine est une affection bénigne caractérisée par des crises répétées de mal de tête. Tous les maux de tête ne sont pas identiques et ne sont pas forcément une migraine. Pour parler de migraine chez un patient qui a mal à la tête, le médecin s'appuie sur des critères diagnostiques précis établis par un groupe d'experts internationaux (International Headache Society) fondés sur les caractéristiques de votre mal de tête qu'il vous faudra donc décrire de la façon la plus précise possible. Après vous avoir interrogé pour vous faire décrire précisément votre mal de tête et vous avoir examiné, votre médecin pourra différencier la migraine des autres maux de tête. Il n'y a aucun examen de laboratoire ou radiologique pour confirmer ce diagnostic qui reste purement clinique.

Épidémiologie

La fréquence de la migraine

En France, cette affection concerne 12 % de la population adulte (5 millions de Français), soit environ 1 homme sur 10 et une femme sur 5, et environ 5 % des enfants. La fréquence est plus élevée chez l'adulte jeune et chez la femme qui est 2 à 3 fois plus souvent concernée (surtout au moment des règles) que l'homme.

Les crises

On peut comparer la crise de migraine à un orage, plus ou moins sévère ou brutal : avant et après cet « orage », tout va bien.

Une crise typique de migraine sans aura est volontiers localisée à la moitié de la tête, la douleur est « pulsatile », c'est-à-dire qu'elle ressemble à des battements qui résonnent, dont l'intensité est suffisamment forte pour gêner, ou rendre impossible les activités quotidiennes. Elle s'accompagne de nausées, parfois de vomissements, et augmente au bruit, à la lumière, au moindre effort physique comme marcher, monter un escalier, qui font résonner la douleur dans la tête. Souvent, cela oblige le migraineux à se coucher dans le noir. La crise peut durer de 4 à 72 heures.

Plus rarement, le mal de tête est annoncé par des phénomènes neurologiques. On dit alors que la migraine est précédée d'une « aura neurologique ». Les symptômes de l'aura peuvent intéresser la vision (c'est la migraine ophtalmique) avec une modification du champ visuel ou des phénomènes brillants, et ils peuvent parfois être suivis de troubles de la sensibilité ou du langage, et d'une faiblesse. Ces symptômes évoluent au fil des minutes, se développant et s'enrichissant progressivement (le médecin parle de « marche » migraineuse) caractérisés par une durée totale de moins d'une heure. Certains migraineux présentent dans les heures qui précèdent leurs crises d'autres signes annonciateurs comme des troubles de l'humeur, une fatigue ou une hyperactivité, une fringale, une sensation de soif ou une perte de l'appétit.

Les facteurs déclenchants : origines de la migraine

Les facteurs déclenchants

Il est très important de repérer les facteurs qui ont déclenché les crises de migraine pour les éliminer ou avoir une action préventive sur les crises. Cela peut être des aliments (chocolat, vin blanc, fromage, etc.), des facteurs hormonaux (le commencement des règles chez la femme, par exemple), ou des facteurs psychologiques (stress, soucis importants).

Cependant, les facteurs déclenchants des crises ne constituent pas la cause de la migraine qui demeure actuellement inconnue.

Malgré une importante recherche, on n'explique pas le mécanisme de cette affection. Il pourrait exister des interactions entre certaines terminaisons nerveuses provenant du nerf trijumeau (nerf de la sensibilité de la face et d'une partie du crâne) et les vaisseaux extracrâniens de la tête, les fibres nerveuses sécrétant des substances agissant sur les vaisseaux et entretenant la douleur. Il n'est toutefois pas prouvé que toutes ces modifications observées expérimentalement soient présentes chez l'homme. Il existe néanmoins une constriction des artères pendant l'aura neurologique – quand elle existe – et une dilatation pendant la céphalée.

L'hérédité

Il est bien rare de ne pas trouver dans la famille d'un migraineux un autre migraineux. Toutefois, ce caractère familial n'est pas totalement synonyme d'hérédité sauf dans une variété rare, la migraine hémiplégique familiale, dont plusieurs gènes sont connus. Mais cette découverte ne peut pas être généralisée à toutes les migraines. On évoque la possibilité de facteurs de susceptibilité faisant intervenir de nombreux gènes sur lesquels vont interférer des facteurs acquis liés à l'environnement.

Chez l'enfant

Les crises sont parfois spectaculaires, mais souvent plus courtes : l'enfant est très pâle, vomit, se couche et le sommeil, même bref, est souvent spectaculairement efficace. Les principes du traitement sont les mêmes que chez l'adulte.

Les traitements

Beaucoup de migraineux ne se sentent pas pris au sérieux. Ils considèrent souvent que leur handicap est une fatalité, ne se traitent pas - les médicaments antidouleur étant peu efficaces -, n'en parlent pas à leur médecin, alors qu'il existe un grand nombre de traitements, bien actifs : on ne sait pas guérir la migraine, mais on la soigne bien. Or, la migraine est une véritable source d'invalidité dans la vie personnelle et professionnelle.

Chaque cas est particulier. Chez un même patient, toutes les crises ne se ressemblent pas et l'évolution au fil des années est variable avec des périodes d'aggravation et de rémission (par exemple, chez beaucoup de femmes durant les grossesses, on voit le rôle des facteurs hormonaux là encore…). Les migraineux sont en outre parfois sujets à des maux de tête différents, soit par leur intensité et qui justifient éventuellement de consulter aux urgences, soit par leur durée avec un fond douloureux durant plusieurs jours de suite, parfois plusieurs semaines et qui correspondent à des céphalées dites de « tension » (tension musculaire, psychique), dites encore « céphalées chroniques quotidiennes » dont le traitement est un peu différent.

Il existe deux grands types de traitement : le traitement de crise qui vise à « interrompre » la crise le plus vite possible, et le traitement de fond qui vise à diminuer la fréquence des crises lorsque celle-ci est élevée (par exemple, au-delà d'une crise par semaine). Le traitement de crise s'adresse à tous les migraineux mais ne doit être pris que lors des crises. Le traitement de fond quant à lui ne s'adresse qu'aux migraineux dont les crises sont fréquentes, mais il doit être pris tous les jours pendant au moins plusieurs mois.

En traitement de crise, plusieurs familles de médicaments peuvent être utiles (les antalgiques ou les anti-inflammatoires non-stéroïdiens [AINS] – comme l'ibuprofène – d'une part, les dérivés de l'ergot de seigle ou la nouvelle famille des triptans agonistes 5HT d'autre part). La prise précoce en début de crise est essentielle, en particulier pour les antalgiques et les anti-inflammatoires qui doivent être pris dès l'aura lorsque celle-ci existe. En revanche, les dérivés de l'ergot de seigle et les agonistes SHT, qui sont susceptibles de contracter les artères, sont à réserver à la céphalée migraineuse elle-même (et donc à éviter durant l'aura quand elle existe). La voie orale n'est pas forcément la plus adaptée quand les vomissements sont au premier plan (il existe des formes en spray, en suppositoires, voire injectables). Il ne faut jamais prendre le traitement de crise de manière préventive ou quotidienne car cela expose à un abus médicamenteux qui, au lieu de vous soulager, risque d'auto-entretenir la douleur.

Afin de connaître avec précision la fréquence de vos crises, tenez un agenda des crises sur lequel vous pourrez éventuellement noter vos autres maux de tête, la date de vos règles et la prise de pilule ou d'un autre traitement hormonal. Ce paramètre est indispensable pour envisager un éventuel traitement de fond.

De nombreux médicaments peuvent vous être proposés en traitement de fond : bêtabloquants, antisérotonine, tricycliques, antiépileptiques…) dont les éventuels effets secondaires doivent être expliqués. Ils ne « guérissent » pas la migraine, mais diminuent d'environ 50 % la fréquence des crises. Des traitements non médicamenteux (relaxation, acupuncture, homéopathie) peuvent également être essayés. Le traitement de fond est rarement utile au très long cours ; quand il est efficace, bien toléré, on essaie souvent de l'interrompre après une année.

Remerciements

Article écrit d’après la fiche éditée par l’ADNLA (Association pour le Développement des Neurosciences à l'Hôpital Lariboisière).

Pour en savoir plus

1 Géraud G, Lanteri-Minet M, Lucas C, Radat F. Qualité de vie et impact de la migraine. Paris : John Libbey Eurotext, 2007.

2 Bousser MG, Ducros A, Taube H, Ollat H. Migraine et céphalées. Paris : Doin Éditeurs, 2005.

3 http://www.has-sante.fr : Prise en charge diagnostique et thérapeutique de la migraine chez l’adulte et chez l’enfant : aspects cliniques et économiques recommandations.

4 Classification des céphalées (en anglais) : http://ihs-classification.org/en/.

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